Mis à jour le: 24 janvier 2013 16:25 | par Lia Lévesque, La Presse Canadienne, thecanadianpress.com

Dumont n'avait pas mentionné la présence du maire

MONTRÉAL - Lors de sa première rencontre avec les enquêteurs de la Commission Charbonneau, en septembre dernier, Martin Dumont n'avait pas mentionné que le maire de l'époque, Gérald Tremblay, était présent lors de l'incident de la double comptabilité pour une élection complémentaire. Ce n'est que lors de la deuxième rencontre, un mois plus tard, qu'il a mentionné la présence du maire.


Dumont n'avait pas mentionné la présence du maire

Martin Dumont. Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL - Lors de sa première rencontre avec les enquêteurs de la Commission Charbonneau, en septembre dernier, Martin Dumont n'avait pas mentionné que le maire de l'époque, Gérald Tremblay, était présent lors de l'incident de la double comptabilité pour une élection complémentaire. Ce n'est que lors de la deuxième rencontre, un mois plus tard, qu'il a mentionné la présence du maire.

L'ex-organisateur politique du parti Union Montréal s'est de nouveau retrouvé devant la Commission Charbonneau, jeudi matin, et l'avocat d'Union Montréal, Michel Dorval, a tenté de le mettre en contradiction avec les versions qu'il a données lors de son premier témoignage des 29, 30 et 31 octobre, et lors de ses rencontres avec les enquêteurs qui ont précédé son premier témoignage.

Martin Dumont avait déjà témoigné en octobre du fait que lors d'une élection complémentaire dans Saint-Laurent pour laquelle il était organisateur, il était inquiet du fait que le budget de campagne soit dépassé. C'est alors que l'agent officiel Marc Deschamps lui avait dit de ne pas s'inquiéter, en exhibant une feuille avec deux colonnes illustrant un budget officiel et un budget officieux.

Or, on a appris jeudi que lors de la première rencontre avec les enquêteurs de la commission, le 12 septembre, jamais Martin Dumont n'a mentionné que le maire Tremblay était présent lors de cet échange avec M. Deschamps.

Lors de son témoignage devant la commission en octobre, il avait même soutenu que le maire s'était levé et avait quitté la pièce, voyant M. Deschamps exhiber une feuille de comptabilité avec deux colonnes, en disant qu'il n'avait pas à savoir ça.

Ce n'est qu'un mois plus tard, lors d'une seconde rencontre avec les enquêteurs, le 17 octobre dernier, que M. Dumont a mentionné la présence de Gérald Tremblay — ce que l'ex-maire a toujours nié.

«Si je vous suggérais, monsieur Dumont, qu'après y avoir réfléchi longuement, vous avez décidé de conter un petit mensonge, en ajoutant le fait que le maire était là, pour que ça donne un peu plus d'importance à votre témoignage et que ça fasse l'effet d'une bombe dans une commission d'enquête, vous diriez quoi?», lui a demandé Me Dorval.

«La réponse est non», a rétorqué M. Dumont.

La présidente de la commission, la juge France Charbonneau, s'est étonnée à voix haute du fait que M. Dumont ait oublié un événement aussi marquant que la présence du maire lors d'un échange sur une double comptabilité pour une élection complémentaire. Elle lui a demandé d'expliquer pourquoi il n'avait pas mentionné cette présence du maire lors de la première rencontre avec les enquêteurs, et seulement à la seconde.

M. Dumont a répliqué qu'à ses yeux, «c'était banal».

Vengeance et Milioto

Me Dorval a aussi souligné que lors de la première rencontre avec les enquêteurs de la commission, M. Dumont avait relaté être passé du parti Union Montréal à Vision Montréal pour se venger.

Lors de la deuxième rencontre avec les enquêteurs, lorsqu'ils lui ont fait relire sa déclaration, M. Dumont a annoté le document pour y ajouter que cette vengeance contre Union Montréal n'était «pas sa motivation première» pour aller au parti concurrent.

Me Dorval a aussi révélé que d'après le document rédigé par les enquêteurs après leur première rencontre avec M. Dumont, celui-ci avait soutenu qu'une employée était présente dans le bureau de l'arrondissement Rivière-des-Prairies_Pointe-aux-Trembles, lorsque l'entrepreneur Nick Milioto l'aurait menacé de le couler dans les fondations du trottoir qu'il construisait. Il aurait même dit à l'employée, qu'il identifiait alors: «ce monsieur-là vient de me menacer, il faut qu'il sorte».

Lors de la seconde rencontre avec les enquêteurs, lorsqu'ils lui ont fait relire sa déclaration, il a biffé le nom de cette employée et la phrase qu'il lui aurait dite.

Me Dorval a avancé l'hypothèse que M. Dumont avait d'abord prétendu que cette employée avait été témoin pour donner plus de poids à sa déclaration, puis aurait changé sa version un mois plus tard, par crainte que les enquêteurs de la commission retrouvent l'employée en question et l'interrogent pour vérifier s'il avait dit vrai.

«Entre le mois de septembre et le mois d'octobre, vous avez réalisé que oups, ils vont peut-être l'appeler la dame et elle va peut-être dire 'non, ce n'est jamais arrivé', alors c'était plus pratique pour vous, à ce moment-là, de dire 'non, finalement, ce n'était pas ça du tout'. Est-ce que je me trompe quand je dis ça?» lui a demandé Me Dorval.

«Vous vous trompez, oui», lui a répliqué M. Dumont.

La Commission a finalement levé en partie l'ordonnance de non-publication qui frappait le témoignage d'une sergente superviseure de la Sûreté du Québec, Isabelle Toupin, sur le dossier du Faubourg Contrecoeur. La juge rendra sa décision sur l'autre portion lundi.

Le projet Faubourg Contrecoeur est un vaste développement immobilier prévu sur plusieurs années et estimé à 300 millions $, dans l'est de Montréal. C'est la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) qui devait gérer le dossier, celle-ci étant dirigée à l'époque par Martial Filion.

La firme Construction Frank Catania avait été retenue pour réaliser une partie du projet, estimée au départ à 19 millions $. Les terrains ont toutefois dû être décontaminés.

On a ainsi appris que pour mener à bien son projet, Construction Frank Catania a obtenu un prêt à un taux d'intérêt plus bas que d'habitude. La policière a expliqué qu'habituellement, lorsque la SHDM s'entend avec une firme, les prêts sont octroyés à un taux de 2 pour cent. Or dans ce cas, le taux octroyé a été de 0,5 pour cent.

Et ce n'est qu'après que le conseil d'administration de la SHDM a entériné ce taux d'intérêt, a-t-on pu apprendre de la policière Toupin.

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