TORONTO - Des Irano-Canadiens dont le compte bancaire a été fermé par l'une des plus importantes banques du Canada et ce, souvent sans préavis, affirment se sentir traités comme des citoyens de deuxième classe dans leur propre pays.

Des membres de cette communauté ont indiqué que la Banque TD (TSX:TD) a commencé, en mai, à prévenir un certain nombre de ses clients irano-canadiens qu'elle ne serait plus en mesure de leur fournir des services bancaires.

Certaines lettres envoyées plus tôt ce mois-ci mentionnent que la banque a fermé des comptes pour se conformer aux sanctions économiques imposées par Ottawa au régime iranien.

«Je suis citoyen canadien depuis 10 ans et c'est la première fois que je sens que je suis traité différemment d'un autre citoyen canadien», a raconté Pooya Sadeghi, qui a quitté l'Iran il y a 14 ans pour s'établir à Toronto.

M. Sadeghi a expliqué que le compte commun qu'il détient à la Banque TD avec son épouse et les parents de celle-ci a été fermé deux jours avant que la famille ne reçoive une lettre de l'institution bancaire, datée du 2 mai.

«Ils étaient au supermarché pour faire des emplettes et la carte ne fonctionnait pas, et le jour suivant, nous avons reçu cette lettre», a-t-il poursuivi en entrevue avec La Presse Canadienne jeudi.

«Il n'y avait aucune mention des raisons de la fermeture de notre compte dans la lettre.»

De nombreux pays occidentaux, le Canada inclus, ont imposé des sanctions sévères dans une tentative de sévir contre le programme nucléaire de l'Iran.

Des membres de la communauté irano-canadienne affirment que la Banque TD n'a pas fourni d'explications relativement à la fermeture inopinée d'un certain nombre de comptes en banque au cours des derniers jours.

Le porte-parole du Congrès irano-canadien, Kaveh Shahrooz, a indiqué que l'institution financière leur avait proposé de rencontrer des dirigeants dans deux semaines pour discuter de cette affaire.

Il affirme qu'aucun des clients dont le compte a été fermé n'avait enfreint les règles prévues par les sanctions du Canada, et que des groupes très variés de la communauté irano-canadienne avaient été ciblés, dont des étudiants et des aînés.

«C'est une chose de punir le gouvernement iranien et ses représentants. C'en est une autre de fermer des comptes bancaires sans donner une chance aux gens de s'expliquer», a fait valoir M. Shahrooz.

Dans un communiqué publié jeudi, la Banque TD a expliqué qu'elle devait se soumettre aux lois et règlements imposés aux banques canadiennes, notamment «les sanctions économiques», qui l'empêche de «fournir des services financiers à ou au profit de certains pays et de quiconque dans ces pays.»

Le courriel précisait que les décisions concernant la finalité des relations avec les clients n'étaient pas prises à la légère.

«Dans des situations où nous étions particulièrement inquiets, nous avons communiqué avec les clients en avance, par téléphone ou par courrier enregistré, afin de confirmer ou de corriger certaines informations dans leurs comptes», a écrit la directrice des communications corporatives, Barbara Timmins.

«Dans plusieurs cas, nous n'avons pas obtenu de réponse de la part des clients et en se fiant à l'information dans leurs dossiers, nous avons eu à appliquer les règles et à fermer leurs comptes.»

La Banque TD a précisé qu'elle ne commenterait pas les «situations particulières des clients».

Des représentants de la banque ont promis de rencontrer les porte-parole de la communauté iranienne le 22 juillet prochain.

Le Congrès irano-canadien espère que les discussions avec les représentants de la TD permettront aux clients lésés de blanchir leur réputation et de rouvrir leur compte bancaire.