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Quand il a hérité de l'entreprise familiale en 1980, Ricardo Semler voulait faire quelque chose de différent. Le jeune homme âgé de 21 ans n'entendait pas suivre le modèle de gestion traditionnelle et centralisée de son père.

Plus passionné par la musique que par la gestion d'entreprise, le nouveau patron de l'entreprise brésilienne Semco a immédiatement décidé de se tourner vers la démocratie participative. Il a confié le pouvoir de décision à ses salariés, en se basant sur trois valeurs d'entreprise : la démocratie, le partage des profits, et le partage de l'information.

Le jour où Ricardo Semler a succédé à son père, il a commencé par licencier 60% des hauts gestionnaires de l'entreprise. La conduite de l'entreprise a alors été déposée dans les mains des employés avec un leitmotiv : moins les employés sont contrôlés, plus ils deviennent responsables.

Loin d'être une lubie, ce mode de gestion participative a conduit l'entreprise au succès, puisque la PME est passée de 90 à plus de 2 500 employés en vingt ans, et que ses revenus ont bondi de 4 millions à 160 millions de dollars annuels sur la même période. Ce manufacturier, qui produisait des équipements industriels, a étendu ses activités dans de multiples directions. Aujourd'hui, l'entreprise est davantage présente dans les services que dans l'industrie.

« Semco est une entreprise très innovatrice, à contre-courant », témoigne Marlei Pozzebon, professeure au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal. Mme Pozzebon a visité plusieurs fois des entreprises du groupe Semco, avec des étudiants du MBA de l'école de gestion montréalaise.

Concrètement, Semco n'a ni organigramme, ni plan d'affaires, ni stratégie d'entreprise, ni service des ressources humaines, pas de plans de carrière, pas de contrats de travail. Et vous n'y verrez pas de superviseur.

Chez Semco, il y a longtemps qu'il n'y a plus de bureau fixe : personne ne doit rester à la même place plus de deux jours d'affilée, témoignent Marlei Pozzebon et Cecilia Gurgel dans « Non-territorial offices at Semco », une étude de cas rédigée à la suite de visites de l'entreprise (« Non-territorial offices at Semco », Ivey Publishing, 2005). Les salariés réservent leurs emplacements de travail la veille par Internet. Les employés côtoient chaque jour de nouvelles têtes, éloignant ainsi le risque de créer des tribus et des hiérarchies.

En offrant une liberté totale à ses employés, Ricardo Semler a lancé le management par omission. Le patron s'efface devant ses salariés, qu'il considère comme mieux placés que lui pour prendre les décisions. Et pas question de s'arroger un droit de regard sur les choix des salariés. Leurs orientations sont définitives.

Par exemple, pour décider de leurs salaires, les employés reçoivent tous les chiffres et informations qu'ils souhaitent de la part de la comptabilité. Aucun chiffre n'est caché. Les membres d'un service augmentent ou diminuent leurs salaires par un vote démocratique. Et leur décision est sans appel.

La contrepartie de cette liberté d'action est que les employés assument toute la responsabilité de leurs actes. S'ils prennent des salaires trop élevés, le bénéfice de leur service diminuera et comme chaque employé reçoit 23% des profits réalisés par son service... Depuis trente ans que cette méthode est appliquée, seulement une demi-douzaine d'employés auraient augmenté exagérément leurs rémunérations.

Libres de leurs initiatives, les travailleurs excellent dans la créativité. Y compris la création d'entreprises. Plusieurs ont démarré des entreprises indépendantes de Semco, qui constituent désormais un réseau de fournisseurs fiables.

Cette vision contemporaine de l'entreprise attire les nouvelles générations. Les jeunes travailleurs recherchent davantage d'autonomie et d'initiative que ce que le modèle traditionnel leur offre, croit Mme Pozzebon, avant de préciser que le groupe Semco reçoit des montagnes de candidatures spontanées.

La dernière idée de Ricardo Semler? La retraite à tout âge! Précisons qu'il est obsédé par la conciliation entre le travail et la vie personnelle. « Il vient de créer un projet qui s'appelle Prenez votre retraite dès maintenant », explique Marlei Pozzebon. « Il s'est dit que c'est dommage d'attendre d'avoir 65 ans. Pourquoi ne pas avoir la retraite dès qu'on travaille? Les employés ont droit à une jour par semaine. Ça diminue un peu leur salaire, mais ils ont une journée libre. »

Semco est-elle l'entreprise parfaite? Pas si vite, répond Marlei Pozzebon. « L'entreprise parfaite n'existe pas. Ce modèle ne convient pas à tout le monde. À commencer par le fait de ne pas avoir de bureau. Et il y a des gens qui n'aimeraient pas être en autogestion. »

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